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16.06.2011

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MicroWorld

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Comment fonctionne la notation de la performance sociale du microcrédit ?

Pour évaluer la performance sociale des Institutions de microfinance (IMF), il existe la notation sociale. Des agences spécialisées analysent l'engagement des IMF sur des objectifs non financiers, comme la transparence des prix ou l'importance accordée aux clients les plus pauvres. Mais sur 10 000 IMF dans le monde (1800 inscrites au MIX Market), moins de 300 se seraient déjà faites évaluer1.

Née à la fin des années 90, la notation, en anglais « rating » de la microfinance s’est d’abord intéressée aux critères financiers, ainsi qu’à la performance institutionnelle : taux d'endettement et de portefeuilles à risque, rentabilité des capitaux, gouvernance, etc. Mais au milieu des années 2000, explique Arvind Ashta, directeur de la chaire de microfinance à l'ESC Dijon, « la croissance du secteur a menacé de faire passer au second plan la mission sociale d'origine ». D’où la notation sociale, aujourd'hui pratiquée par une petite dizaine d'agences, dont quatre dominent le marché. La plupart produisent à la fois des notations financières et sociales, à la demande des IMF ou des investisseurs potentiels.

L'opinion des analystes

« La notation sociale est l'opinion d'un expert externe sur la performance sociale d'une institution de microfinance », explique Vitali Bumaco, chercheur associé en microfinance à l'ESC Dijon. Plus qu'une opinion, c'est une forme d'audit qui associe l'analyse des informations fournies par l'IMF aux témoignages rassemblés par l'agence de notation qui interroge l’ensemble des parties prenantes : employés, clients, autorités de réglementation.

« La capacité de l'agence à comprendre l'IMF de l'intérieur et le contexte du pays est essentielle pour permettre une notation crédible », ajoute le chercheur.

Une grille d’analyse

La grille de l'agence Planet Rating va de 0, « aucune intention sociale » à 5, le maximum. Fondesurco, IMF péruvienne (partenaire de Microworld), peut donc se réjouir, car elle s’est vue attribuée la note de 4 signifiant un bilan social « convaincant », après visite de l'agence début 2010.

Que ce soit de « alpha » à « gamma » comme dans l’agence de notation M-CRIL ou de 1 à 5 chez Planet Rating, les différentes dimensions sociales de l’IMF font chacune l'objet d'une note : existence ou non d'un volet social dans la mission de l'IMF, niveaux d’inclusion financière et de protection du client, politique de RH, existence ou non de services non-financiers (formations...). Chaque indicateur est ensuite pondéré afin d’obtenir une moyenne globale.

Comment fonctionne la notation sociale d'une IMF?
Explications en images d'Emmanuelle Javoy, directrice générale de PlaNet Rating.

Une notation risquée ?

L'exercice peut se révéler cruel : le site Planet Rating affiche ainsi plusieurs IMF avec une note de 1 ou 2. Cette « mauvaise » évaluation rend ces IMF peu susceptibles d'attirer les investisseurs sociaux. Mais en mettant le doigt là où ça fait mal, elle permet à l'IMF de travailler sur ses points faibles. « Il n'est pas si rare qu'une IMF ait plus besoin d'assistance technique que d’un accès à un don ou à un prêt à taux commercial», explique Edouard Sers, de l'agence Planet Rating.

Il ne suffit pas non plus d'être bien noté pour être vertueux. Car la notation finale est une moyenne, qui résume les différents points et peut donc sous-évaluer des points faibles : « Compartamos, au Mexique, a eu 4 sur 5 alors que ses taux d’intérêt étaient plutôt élevés », relève Vitali Bumaco.

D'autre part, on peut être une IMF socialement performante et ne pas être notée. C'est le cas des petites IMF au statut de coopératives ou encore des IMF caisses d'épargne : celles-ci sont « moins dépendantes des fonds internationaux grâce à l'épargne de leurs membres et elles n'ont pas besoin de se faire noter », ajoute Vitali Bumaco.

Quelles évolutions de la notation sociale

Les méthodes de notation évoluent. Planet Rating a ainsi renforcé en janvier 2010 la prise en compte de la protection du client de la lutte contre le surendettement, et du niveau général de transparence.

Une évolution « bienvenue », selon le professeur Arvind Ashta qui souligne par ailleurs que la notation sociale n'est pas la même chose que l'évaluation de l'impact social. Selon lui, l'impact de la microfinance, notamment en terme de sortie réelle de la pauvreté, reste du domaine des études statistiques et éventuellement du PPI de la Grameen Fundation, mais ne relève pas encore de la notation sociale en agence.

En attendant l’évaluation de l’impact social, la mise en place d'une notation globale capable de prendre en compte à la fois les aspects financiers et sociaux demeure l’objectif. Edouard Sers, chez Planet Rating confirme que le défi est de taille : « En fusionnant rating social et financier, il s'agit de distinguer les IMF qui réussissent sur ce que les anglo-saxons appellent la « double bottom line », c'est à dire à concilier performance sociale et bonne santé financière. Concilier ces deux aspects est un défi passionnant»

Une perspective à suivre.

(1) Dans son rapport « Microfinance rating market review 2010 », la Rating Initiative estimait à 139 le nombre d’IMF évaluées socialement entre 2006 et 2009

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