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  • Nadine Chehade, PlaNet Finance

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12.05.2011

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MicroWorld

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« En 2006, la microfinance libanaise a surmonté la guerre en 3 mois »

C'est à Beyrouth que l'agence Planet Rating, spécialisée dans la notation des institutions de microfinance, a installé son bureau régional. Nadine Chehade, qui dirige Planet Rating MENA, nous donne son éclairage sur le secteur.

En 2006, Israël lançait une offensive au Liban contre le Hezbollah : comment la microfinance a-t-elle encaissé le choc ?

La guerre a entraîné une chute des remboursements : même quand ils n'étaient pas directement touchés, beaucoup d'emprunteurs ont préféré attendre et garder leur argent. Pour les Institutions de Microfinance (IMF) libanaises, cela a signifié une augmentation de leur « portefeuille à risque » entre juillet et septembre 2006 (l'offensive israélienne s'est déroulée à l'été 2006). Il y avait aussi des clients directement touchés, des boutiques démolies et des maisons détruites. Les deux principales IMF (Ameen et Al Majmoua) ont reçu une aide d'urgence des ONG internationales et de l'Union européenne. Elles ont pu fournir du matériel à leurs clients pour la reconstruction ou pour se refaire un stock. Quelques mois plus tard, les remboursements ont repris à peu près normalement.

Quel est le rôle des banques dans la microfinance libanaise ?

Plusieurs banques sont partenaires de l'institution de microfinance Ameen, qui a longtemps obligé ses clients à ouvrir un compte bancaire pour pouvoir obtenir le microcrédit. Mais Ameen propose maintenant des crédits en direct, car la microfinance n'intéresse pas toujours les banques libanaises. Quand la banque centrale les a autorisées à déduire les prêts aux IMF de leurs réserves obligatoires, cela n'a donné lieu qu'à très peu d'accords de financement. Pourtant, les banques sont très liquides !

La microfinance islamique est-elle très présente au Liban ?

Al-Qard Al-Hassan (AQAH), l'ONG de microfinance rattachée au Hezbollah aurait environ 70.000 clients. Les autres IMF sont parfois confrontées à des clients qui refusent un prêt avec intérêt (les intérêts sont interdits par la loi de l'Islam). Pour n'exclure personnes, Al Majmoua a envisagé de développer des Mourabaha, qui sont le principal service de prêt islamique, sans donner de suite. Aujourd'hui à part AQAH, la microfinance islamique n'est pas très développée au Liban.

Quels sont les services non financiers proposés par les IMF libanaises ?

La plupart des IMF libanaises ont un statut d’ONG et offrent une variété de services non financiers. Certaines, comme la fondation Makhzoumi offrent des soins médicaux, d'autres se concentrent sur des projets agricoles ou certaines catégories de populations. Al Majmoua a organisé des ateliers de formation ainsi que des sessions de sensibilisation dédiées aux femmes. . A l'inverse, Ameen se limite aux services financiers et les petites entreprises, visant essentiellement la bancarisation des clients.

La réglementation est-elle inadaptée ?

Comme dans beaucoup de pays, la banque centrale libanaise régule des institutions financières, pas des ONG. Malgré des demandes venues des principales IMF libanaises ou d'organisations internationales pour faire évoluer la réglementation, il n’y a pas de loi claire spécifique à la microfinance mais des projets à l’étude. Il faut tout de même noter que la centrale des risques a évolué pour se préparer à inclure les prêts de petite taille, permettant ainsi à Ameen et Emkan, qui a décidé de se transformer en institution financière, d’en bénéficier. Aujourd'hui, un des principaux défis serait d'inclure Al Majmoua, la plus grosse IMF au statut d'ONG, dans cette centrale des risques, dans une perspective de lutte contre le surendettement.

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