A propos du microcrédit

Le microcrédit se définit par l’attribution de prêts de faibles montants à des entrepreneurs, artisans, commerçants ou exploitants agricoles des pays du Sud, exclus du système bancaire traditionnel. Grâce à ces prêts ils créent et développent leur propre micro-entreprise.
Ce n’est en réalité que l’une des facettes d’un sujet plus vaste qu’est la microfinance qui elle, propose des services financiers aussi divers que le microcrédit, la microassurance, l’épargne, le transfert d’argent, élargissant ainsi sa clientèle et son action sur le terrain.

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Brève histoire de la microfinance

Les micro-entrepreneurs

Les institutions de microfinance (IMF)

Les taux d'intérêt du microcrédit

Les autres acteurs


Brève histoire de la microfinance

La microfinance a existé sous différentes formes depuis bien longtemps. On estime même que des mécanismes informels de prêt et d’emprunt ont existé en Asie depuis plusieurs millénaires. En 1849, F.W. Raiffeisen créé en Suisse la première société coopérative d’épargne et crédit. En France, les frères Pereire sont à l’origine des premières expériences de mutualisme bancaire créant les Sociétés de Crédit Mutuel. Plus tard dans les années 1960 et 1970 d’autres tentatives de banques publiques de crédit voient le jour dans les pays en voie de développement.

Cependant, on considère généralement que la microfinance « moderne » est apparue au milieu des années 1970 en Asie et en Amérique latine. On retient en priorité l’exemple du Bangladesh et de la Grameen Bank fondée en 1978 par le Dr Muhammad Yunus, professeur d’économie à l’université de Chittagong. Le Dr Yunus cherchait une réponse concrète à la crise famine que traversait alors son pays.
Déterminé à expérimenter des solutions pratiques, le professeur Yunus commença à visiter des villages bangladais. Lors d’une de ces visites à Jorba, il trouva un groupe de 42 femmes qui fabriquaient des tabourets en bambou. Parce qu’elles n’avaient pas de fonds propres pour acheter la matière première, elles avaient conclu un marché avec des commerçants locaux qui leur prêtaient de quoi acheter la matière première en échange de quoi elles devaient leur vendre les tabourets à un prix déterminé, à peine supérieur au prix de cette matière première.

Le professeur Yunus fut surpris de découvrir que le montant total des besoins de ces 42 femmes pour développer leur activité de manière indépendante était de 27 $. Il leur prêta l’argent de sa propre poche, sans intérêt, permettant ainsi au groupe de vendre leurs tabourets à de meilleurs prix et sortir de ce cycle d’endettement qui les liait aux marchands locaux.
C’est ainsi que la Grameen Bank (la « banque de village ») est née et popularise le crédit solidaire, un crédit alloué à un groupe dont chacun de ses membre est solidaire des autres, pour le mettre à profit et le rembourser. Désormais des bureaux de la Grameen Bank sont présents dans plus de 80 000 villages, et compte plus de 6 millions d’emprunteurs. En 2006, le professeur Yunus a reçu le prix Nobel de la Paix.

Muhammad Yunus parle avec les emprunteurs de la Grameen Bank | Copyright © Grameen Bank 2006

Inspirées par les succès de la Grameen Bank, de nombreuses institutions de microfinance (IMF) sont apparues dans les années 1970 et 1980. La plupart d’entre elles ont démarré leurs activités en tant qu’ONG et ont été financées par des subventions provenant de fonds publics et privés, elles sont devenues rentables et ont augmenté rapidement le nombre de leurs clients. Elles ont permis de démontrer que les pauvres étaient solvables bien qu’ils ne puissent offrir de garanties financières. Ainsi, la microfinance s’est avérée un business viable, et les pauvres constituent aujourd’hui un véritable marché.

Plus tard, dans les années 1990, on s’est rendu compte que l’industrie de la microfinance ne pouvait pas compter que sur le financement par subventions. En conséquence, certaines institutions se sont restructurées afin d’attirer des investissements commerciaux publics ou privés. Des structures spécialisées dans le financement des IMF apparaissent. Elles proposent des prêts aux IMF qui prêtent ensuite à leurs clients.
En 1997, c’est le premier sommet du microcrédit à Washington c’est un véritable tournant dans l’histoire du microcrédit.

Et c’est dans ce contexte qu’en 1998, l’ONG Positive Planet est créée par Jacques Attali et Arnaud Ventura. L’un de ses objectifs initiaux était d’utiliser Internet et les nouvelles technologies de communication afin de renforcer la capacité d’action des institutions de microfinance dans plusieurs secteurs. Ce modèle initial a évolué vers l’ONG telle qu’on la connaît aujourd’hui et dont la mission est de lutter contre la pauvreté à travers le développement de la microfinance et de ses nombreux services.
Pour en savoir plus sur Positive Planet, cliquez-ici

Au fur et à mesure que l’intérêt pour la microfinance grandit, d’autres modèles en dehors des ONG, sont encouragés, afin de créer une industrie économiquement viable, capable d’offrir aux populations défavorisées des services financiers complets à des prix justes, tout en garantissant un retour raisonnable aux investisseurs commerciaux. En plus des nombreuses entreprises de microfinance qui existent aujourd’hui, plusieurs grandes institutions bancaires sont également entrées sur le marché de la microfinance, telles que le Crédit Suisse, la Deutsche Bank et Citigroup. Petit à petit, la microfinance s’intègre au système financier classique.

Fin 2008, presque 15 milliards de dollars avaient été investis dans la microfinance à travers les institutions de microfinance, la majorité provenant d’organisations en faveur du développement telles que la banque mondiale, mais avec une part non négligeable provenant d’une variété de sources privées et à but commercial. Egalement, d’autres services financiers tels que la « micro-épargne » et « micro-assurance » sont venus enrichir l’offre de services de la microfinance.

Ces dernières années, la microfinance a été aussi le sujet de nombreuses innovations. Des services de « mobile banking » (services de transferts d’argent à travers les téléphones portables) ont été développés, et d’autres services adaptés aux besoins locaux ont également été introduits, tels que des prêts de machines (ou d’utilisation de machine), de stockage de récoltes ou d’engraissement de bétail.

MicroWorld.org est l’une de ces innovations et propose à des particuliers de prêter directement sur le site des petits montants à des micro-entrepreneurs des IMF partenaires de MicroWorld. C’est une perspective et une opportunité remarquable pour l’avenir de la microfinance.

Les plus grandes IMF se trouvent en Asie, au Bangladesh et en Inde en particulier ; en revanche, en Chine la microfinance ne fait que commencer. En Amérique latine, historiquement très forte en Bolivie (ACCION est l’un des premiers réseaux de microfinance du monde), elle s’est récemment beaucoup développée au Pérou et au Mexique et peine a contrario au Brésil à cause du plafonnement des taux d’intérêts. Elle se développe de façon très dynamique en Afrique dans tous les pays politiquement stables (Bénin, Sénégal, mali, Kenya). Elle a remporté un très vif succès au Maroc et progresse rapidement au Moyen Orient (Palestine, Egypte et Jordanie).

Il est difficile de prévoir le futur de la microfinance, mais différentes études estiment qu’aujourd’hui 10 000 IMF touchent plus de 190 millions de clients, dans 85 pays. On estime à 500 millions le nombre de personnes toujours en attente de financement. De plus l’accès aux services financiers est l’une des façons pour les plus pauvres d’accéder à d’autres composantes du développement telles que la santé et l’éducation. Et c’est peut-être là l’un des plus grands enjeux du développement de la microfinance dans les années à venir.

De plus, 2,5 milliards de jeunes deviendront des adultes dans les 10 à 20 prochaines années et il semble incertain que le marché du travail traditionnel puisse absorber une telle croissance démographique. La microfinance, ainsi que d’autres formes de promotion de l’auto-entreprenariat joueront probablement un rôle de plus en plus important dans l’économie mondiale.

Les micro-entrepreneurs

Dans les pays en voie de développement, le secteur informel de l’économie (commerces et activités de faible envergure, en marge des circuits commerciaux importants) est la base de la vie économique pour une grande majorité de la population. Les marchés des centres-villes servent de centres de distribution de la même manière que les supermarchés en Occident, et les vendeurs ambulants jouent le rôle des commerces de proximité tels que nous les connaissons. La production de biens est locale et artisanale, plutôt qu’industrielle et spécialisée. Enfin, le manque d’infrastructures de transport public conduit souvent à une variété de formes de transports privés mais dont le coût relatif est très élevé.

Un micro-entrepreneur est un individu qui possède ou travaille dans un de ces petits commerces ou activité qui tissent ce secteur informel de l’économie. Ces commerces se retrouvent dans tous les secteurs et industries, de l’agriculture, l’élevage ou la pêche, au transport, en passant par les étalages sur les marchés, l’artisanat ou la production d’aliments. En terme de structures on retrouve des activités gérées par une seule personne, une famille ou parfois un collectif. Certaines personnes ont choisi d’être auto-entrepreneurs, mais la plupart le sont devenus par nécessité, à cause des très faibles opportunités de trouver un emploi dans le secteur formel. Les niveaux de pauvreté peuvent aussi être assez différents, allant d’un niveau considéré comme non-pauvre mais vulnérable jusqu’à l’extrême pauvreté.

Si les micro-entrepreneurs sont finalement un groupe très divers, ils ont une chose en commun : Ils n’ont pas la possibilité d’accéder à des services financiers aussi basiques qu’un compte en banque, des crédits ou des assurances de la part du système bancaire traditionnel. En effet ils ne rentrent pas dans les critères requis par ces institutions tels que les dépôts minimums, les garanties en cas de demande de crédit, un revenu stable et garanti, ou un historique de crédit officiel.

Aujourd’hui plus de 150 millions de personnes à travers le monde, accompagnées par plus de 10 000 institutions de microfinance (coopératives d’épargne et de crédit, ONGs, banques de microfinance,…) bénéficient directement ou indirectement de la microfinance. On estime que plus de 500 millions d’entrepreneurs sont encore privés d’accès aux services financiers.

Les institutions de microfinance (IMF)

Les institutions de microfinance (IMF) sont les organisations qui offrent les services de microfinance aux personnes exclues du système bancaire traditionnel. Elles peuvent prendre différentes formes, des coopératives d’épargne et de crédit, des ONG, des programmes établis par des organisations internationales, des institutions de microfinance régulées (légalement reconnues dans leur pays d’activité et soumises aux règles de la microfinance) et des banques de microfinance.

Leur taille peut varier d’une centaine de clients jusqu’à plus de 6 millions de clients pour la plus grande. En plus des services financiers tels que les prêts, l’épargne ou encore l’assurance, beaucoup d’IMFS offrent aussi des services de formation ou d’éducation et élaborent ou collaborent avec des programmes sociaux locaux.(campagnes de vaccination…)

Les structures des IMF sont aussi diverses que les clients qu’ils servent. A l’origine dominé par les ONG et associations caritatives, le secteur s’est modernisé et professionnalisé, attirant désormais les capitaux de banques commerciales. Pour en savoir plus à propos d’une IMF en particulier, vous pouvez visiter le site www.mixmarket.org, plus grande base de données des IMF.

Les taux d'intérêt du microcrédit

Un des concepts fondateurs de la microfinance est de proposer une alternative à l’aide humanitaire telle qu’on la connaît pour se tourner vers des modèles financièrement viables, impliquant directement les bénéficiaires, afin d’obtenir des résultats à long terme et à grande échelle.De ce fait des taux d’intérêts sont appliqués aux prêts et sont indispensables pour couvrir les frais engendrés par la distribution et la gestion de ces prêts. Les taux d’intérêt en microfinance sont souvent beaucoup plus élevés que ceux que nous connaissons en Occident, car le coût relatif de distribution de nombreux prêts de faibles montants dans des zones rurales est beaucoup plus élevé que celui de l’administration de quelques prêts en pays développés.

Au-delà des simples coûts opérationnels initiaux, les taux d’intérêt doivent couvrir :

  • Le coût de financement de l’IMF –souvent bien plus élevés dans les pays en voie de développement (dû à un risque bien supérieur).
  • Le risque de variation du taux de change, les monnaies étant plus volatiles, et l’inflation plus forte dans les pays en voie de développement.
  • Le risque de défaut de paiement de la part de l’emprunteur – qui contrairement à la finance traditionnelle, ne peut être couvert par les garanties.
  • • Les coûts administratifs. Il suffit de faire la comparaison entre le coût engendré pour une transaction Internet de votre banque vers votre compte ne banque au coût que représente le fait d’aller collecter des paiements de petites sommes dans un village reculé.

cela s'ajoute un taux de marge qui pour les IMFs sérieuses et sociales doit rester raisonnable afin de permettre un développement de leurs activités.
Ainsi, le taux d'intérêt est une somme de plusieurs éléments qui ne dépend pas seulement du coût du financement auprès de bailleurs externes et qui est, de façon normale, plus élevé pour une population "sociale".
On peut donc comprendre que la capacité à faire baisser significativement les taux d'intérêts pour le prêteur final reste limitée quand on ne peut agir que sur le coût du financement et ce d'autant plus que MicroWord n'a vocation qu'à être un des bailleurs de fonds de l'IMF et ne jamais dépasser 10% de son portefeuille afin d'assurer une diversité de son financement.
Si MicroWorld ne peut pas seule faire baisser significativement les taux d'intérêts pour le prêteur final, elle va par contre accompagner le développement d'IMFs sociales ayant un comportement vertueux et intéressées à trouver une nouvelle source de financement.

Ainsi, il est important d'arriver à un taux juste qui permet de rémunérer le travail opérationnel de l'IMF souvent couteux quand il s'agit de populations sociales et qui garantisse une source de financement pérenne pour les micro-entrepreneurs tout en laissant à ces derniers une marge significative.

Les quelques exemples de refinancement à taux anormalement bas, souvent éphémères, ont eu au bout de compte un effet négatif à moyen terme en ne permettant pas aux IMFs et micro entrepreneurs de construire un modèle viable dans le temps et conduisant à un arrêt brutal de leurs activités à la fin de cette période de financement hors marché éphémère.

Donc, comment les micro-entrepreneurs peuvent faire face à ces taux d’intérêt ? Plusieurs études menées au Mexique, en Inde, au Kenya et aux Philippines ont démontré que le pourcentage du retour sur investissement est bien plus élevé pour des micro-business que pour des grandes entreprises, ces taux allant de 117% à 847%.

Sources :
CGAP (2004). ‘Interest Rate Ceilings and Microfinance: The Story So Far’ Occasional Paper p.9

David McKenzie, and Christoper Woodruff (2007). “Experimental Evidence on Returns to Capital and Access to Finance in Mexico,” World Bank and University of California, San Diego.

Pour en savoir plus sur les taux d’intérêt en microfinance, nous vous invitions à consulter le dossier que MicroWorld a consacré à ce sujet.

Les autres acteurs

La microfinance moderne a connu une expansion et une évolution rapide, de ces débuts, quasi expérimentaux il y a quelques dizaine d’années, jusqu’à l’obtention du statut d’instrument pour éradiquer la pauvreté. Ces changements n’auraient pas été possibles sans l’intervention d’autres acteurs qui l’ont accompagné dans sa croissance et sa professionnalisation.

Les bailleurs de fonds

Les bailleurs de fonds jouent le rôle de catalyseur, en aidant les nouvelles IMF ou projets de microfinance à démarrer et accroître leur activité, à travers des subventions ou des investissements directs. Le but est en général d’atteindre la viabilité financière au bout de 2 à 3 ans, même si l’investissement doit souvent se prolonger plus longtemps avant l’atteinte de cet objectif.

Ces bailleurs de fonds sont souvent soit des institutions publiques comme la Banque Mondiale ou encore la commission Européenne, soit des fondations ou investisseurs privés, tels que CitiGroup, Blue Orchad ou Oikocredit.

Sites de prêt en ligne

Une des dernières innovations sur le terrain de la microfinance est l’introduction du grand public comme investisseur potentiel, à travers le micro-prêt en ligne. Plusieurs sites Internet ont vu le jour ces dernières années, offrant diverses options pour financer, sur la base de prêts, des projets de micro-entrepreneurs ou projets à plus large échelle.

Les Etats

Les états jouent un rôle prépondérant sur le développement de la microfinance dans leur pays à travers les cadres de régulation qu’ils mettent en place. Les règles conçues pour la finance traditionnelle ne sont souvent pas appropriées à la microfinance et peuvent s’avérer trop restrictives (les IMF ne pouvant s’appuyer sur les garanties de leurs clients par exemple). Un cadre différent doit donc souvent être mis en place pour la microfinance. Enfin certains gouvernements décident de fournir eux-mêmes des services de microfinance à leurs citoyens, ce qui peut avoir à la fois des impacts positifs (comme une plus grande portée) et négatifs (des programmes trop subventionnés tuent la concurrence).

Pour plus d’informations sur le sujet, vous pouvez consulter le dossier thématique du portail de la microfinance

Les agences de notation

Les agences de notation telles que MicroRate analysent la viabilité et les performances financières, opérationnelles et sociales des IMF. Elles contribuent activement à l’amélioration de la transparence du secteur, et permettent aux investisseurs potentiels d’évaluer les risques ou encore l’impact social d’une IMF en particulier.