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  • Projet Babeo Madagascar vendeuses de jus de fruits et légumes

19.01.2012

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Thibault Lescuyer

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Babeo : approche globale pour les micro-entrepreneures malgaches

Face aux multiples obstacles qu’affrontent les femmes micro-entrepreneures à Madagascar, l’ONG Planet Finance expérimente Babeo. Ce projet aux multiples facettes a deux objectifs principaux : aider les femmes à lutter contre les violences à leur encontre et les former pour qu’elles puissent augmenter leurs revenus professionnels.

Nom de code: Babeo. Depuis janvier 2011, PlaNet Finance coordonne un programme destiné aux entrepreneures, dans la capitale malgache d’Antananarivo. Au total, sur une durée de trois ans, 1500 femmes seront sensibilisées et 300 suivront une formation sur mesure. Financé par l’Europe, ce projet inclut des services de microfinance, ainsi que des cellules d’aide psychologique et la sensibilisation aux droits des femmes. A Madagascar, huit femmes sur dix seraient victimes de violences, selon l’ONG sudafricaine Gender Links.

Accompagner des femmes micro-entrepreneures

Elles ont entre 25 et 45 ans, vivent autour d’Antananarivo, souvent avec des enfants en bas âge. Certaines tiennent une de ces épiceries omniprésentes sur l’île rouge, les épiceries de PPN. D’autres sont vendeuses de fruits et légumes sur les marchés, ou tiennent une «gargote» (restaurant de rue) ou encore font de la transformation alimentaire (pâtisseries, produits laitiers). Leurs revenus : entre 40.000 et 400.000 ariary par semaine, soit 2 à 20 euros par jour. Toutes ont été touchées par la crise politique et économique qui a frappé Madagascar en 2009. Une crise qui a mis à mal la solidarité familiale, en obligeant leurs parents à continuer de travailler. «La majorité des femmes que nous accompagnons emmènent leurs enfants au travail. Ils sont par exemple dans un panier, sous la vitrine de la gargote, ou sur leurs genoux» a constaté, Lizah Ndrialisoa. A trente ans, la jeune femme est une des têtes pensantes de Babeo. Elle a rejoint Planet Finance en 2007, après avoir elle-même créé et revendu sa petite entreprise.

Sensibiliser contre la violence

Avec l’équipe de PlaNet Finance et des ONG partenaires, Lizah Ndrialisoa a conçu le projet Babeo en plusieurs étapes. Première phase, la sensibilisation : l’équipe se rend dans les quartiers de la capitale, auprès des associations et dans les églises. Des actions dans les médias sont aussi organisées. L’objectif : aider les femmes à mieux connaître leurs droits. A Madagascar, 25% des femmes subiraient une violence physique. Les femmes entrepreneures sont invitées à s’inscrire au programme de formation de Babeo.

Des cellules d’aide psychologique

Dans trois quartiers, de 8h à 17h, des assistantes sociales formées dans le cadre de Babeo accueillent des femmes victimes de violences. Les entretiens peuvent déclencher une visite au domicile ou un signalement au commissariat. Ces trois cellules pallient en fait l’insuffisance des services publics dans ce domaine. L’objectif est aussi de créer un réseau de cellules d’écoute, qui regroupe les vingt cellules déjà identifiées ou mises en place par l’Institut Supérieur du Travail Social (ISTS) et l’ONG ENDA.

Savoir gérer sa micro-entreprise

Les sessions de formation sont l’autre pilier de Babeo. Etalées sur douze demi-journées, le cursus allie développement personnel, formation commerciale et éducation financière. L’objectif est d’abord de rassurer les participantes, et de leur rendre l’estime de soi. «On essaie de les rendre plus zen, ici le stress est une maladie nationale!» explique Lizah Ndrialisoa. Ensuite, les formateurs de l’ONG C FOR C (« Capacity Building for Communities) et de PlaNet Finance enseignent des techniques de gestion commerciale. Du merchandising à l’éducation financière, le but est de les aider à mieux développer leur petit commerce, sans tomber dans l’écueil du surendettement.

Un an après le début du projet, cent femmes ont déjà participé ou participent à ces formations. Si le recrutement des trente premières volontaires a été difficile, aujourd’hui, de plus en plus de femmes viennent par le bouche à oreille.

A la fin de la formation, le programme se poursuit par des visites que les «coachs» de Babeo effectuent sur le lieu de travail. L’occasion de les aider par exemple à mieux agencer leur boutique, mais aussi de déceler des problèmes de violence, conjugale notamment.

Professionnaliser le réseau des crèches à Antananarivo

Autre problème auquel font face les femmes entrepreneures: comment concilier l’activité professionnelle avec la présence d’un enfant en bas âge? A Madagascar les crèches, formelles ou informelles, restent rares et la solidarité familiale se délite. Face à cette réalité, Babeo a identifié dix premières crèches, qu’elle aide à améliorer leur qualité de service. D’autres seront approchées en 2012/2013, dans le but de créer un réseau de crèches partageant des bonnes pratiques. Il sera ouvert aux femmes du projet Babeo et aux autres mères intéressées.

Fournir des crédits, former les IMF

En plus du volet financier de la formation, qui les sensibilise à l’épargne et aux risques du surendettement, Babeo oriente les femmes entrepreneures vers les services financiers existants. Suivant leurs besoins, elles seront aiguillées vers les IMF partenaires, OTIV ou CEFOR… ou encore incitées à ouvrir un compte d’épargne.

Avec les IMF OTIV et CEFOR, Babeo travaille aussi à améliorer les services offerts aux femmes. Comment les agents de crédit peuvent-ils mieux servir leur clientèle féminine? Avant d’accorder un micro-crédit, faut-il demander l’aval du mari? Que faire quand il utilise le crédit pour ses besoins personnels? Sans prétendre apporter les réponses, l’équipe Babeo joue un rôle de co-pilote et de coordonnateur.

On l’aura compris, Babeo expérimente une approche multi-dimensionnelle. Ambitieux, le programme vise à développer la capacité («empowerment») des femmes. Mais si les difficultés sont multiples, pour Lizah Ndrialisoa, il n’est pas question de se décourager. «J’admire les femmes malgaches. Elles sont battantes et persévérantes», déclare l’ancienne entrepreneure.

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