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30.09.2013

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Développer l’Economie Positive : entretien avec Jacques Attali

Le groupe PlaNet Finance, co-fondé par Jacques Attali et Arnaud Ventura en 1998, est l’instigateur et l’organisateur du LH Forum.

Cet événement né du désir de redonner du sens à l’économie a pour but de rassembler ceux et celles qui réfléchissent et agissent dans le sens d’une autre économie dite « positive » qui cherche à valoriser les relations durables, le partage des savoirs et les démarches collaboratives et participatives comme par exemple celle de MicroWorld.org.

Parallèlement à cette 2ème édition qui s’est tenu du 25 au 27 septembre 2013, le « Rapport pour une économie positive », remis par Jacques Attali au Président de la République François Hollande le 21 septembre 2013 s’est construit dans l’optique d’éviter la « catastrophe » pour les générations futures. Il comprend 47 propositions dont les plus importantes doivent être mises en place dans les 5 prochaines années.

1/ Le poids des générations futures

L’ancien conseiller de François Mitterrand a récemment insisté, dans ses interviews données à la presse, sur la nécessité pour les générations actuelles de prendre des mesures nécessaires et responsables afin de préserver la qualité de vie des générations futures. Au delà de cet aspect moral, l’interdépendance générationnelle est déterminante car des pans entiers de l’économie dépendent des générations futures (services publics, retraite, production, santé, etc.).

2/ La nécessaire sortie de «la dictature de l’urgence» pour les entreprises

Il est nécessaire que les entreprises changent d’objectifs et pensent à plus long terme que la seule nécessité de leur survie immédiate. Le capitalisme doit être patient, à l’inverse de l’actionnariat « court-termiste » prenant place dans la dictature boursière.
Afin de forcer la main de ces derniers, Jacques Attali propose l’attribution des droits de vote aux assemblées générales en fonction de la durée de détention des actions dans le but de privilégier les actionnaires stables.
Il propose notamment la création d’agences de notation de la positivité des entreprises ; donnant ainsi une priorité à ces sociétés dans les marchés publics. La modification des statuts des entreprises doit permettre l’accès à la propriété de celles-ci à toutes les parties prenantes à son fonctionnement et non aux seuls actionnaires. Les dirigeants devraient d’autre part rendre des comptes à tous.

3/ Un contrôle d’origine démocratique

Jacques Attali a exprimé son opposition vis-à-vis des administrateurs indépendants qu’il juge « irresponsables » et qui ne représentent pas suffisamment la génération suivante. Il considère aussi que les autorités administratives indépendantes, qui ont connu un véritable essor dans le contexte d’un accroissement de la méfiance vis-à-vis de l’Etat, ne sont pas un cadre démocratique pour porter des objectifs sociaux. Il préconise la création d’une chambre du long terme, qui parlerait au nom des générations suivantes et viendrait remplacer le Conseil économique, social et environnemental. Les avis de ce dernier seraient obligatoires et s’imposeraient au Parlement à défaut de motifs clairs de sa part.

4/ L’économie positive comme moyen de sortie de crise

A la question de la difficulté de mener une stratégie positive dans le contexte de crise actuelle, il répond que le contexte de difficulté économiques présent est dû au fait que l’économie n’est pas positive ; qu’Etat et entreprise sont obsédés par la dictature de l’immédiat.
«Le passage à une économie plus positive pourra aider à résoudre la crise et à relever les défis écologiques, technologiques, sociaux, politiques ou spirituels, qui attendent le monde d’ici 2030.»

5/ Une évaluation des progrès réalisés

Jacques Attali pointe dans son Rapport du 21 septembre dernier la nécessaire mise en place d’outils d’évaluation permettant de mesurer « les progrès accomplis ainsi que ceux qu’il reste à faire ».
Le premier de ces outils est l’indicateur de positivité de l’économie qui classe la France au 19ème rang sur les 34 pays de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique). Cet indice consiste en l’agrégation de 29 autres indices. Certains ont été empruntés à des organismes internationaux, d’autres furent créés pour ce rapport. C’est le cas de l’indice de reproduction des inégalités, celui de représentativité du Parlement, ou celui de la tolérance aux autres.
Le second outil d’évaluation serait l’ « Ease of Doing Positive Economy Index » procédant à la mesure de la volonté d’un pays de mener des réformes structurelles pour une économie plus positive.

Lire l'interview de Arnaud Ventura sur l'économie positive et sur le LH Forum.

Sources : Le Monde spécial LH Forum, 24 septembre 2013

Tags : économie positive, Attali, MicroWorld, PlaNet Finance, LH Forum, generations futures, indicateur de positivité