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05.06.2013

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PIERRE-CHARLES

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Interview d'Abed, agent de crédit spécialisé dans les produits islamiques chez ACAD

Afin de fournir à nos membres plus d’informations sur notre partenariat avec l’Institution de Microfinance ACAD dans les Territoires Palestiniens, Elsa Wardé de notre équipe Opérations a pu rencontrer Abed AlRahem Melhem, un des meilleurs agents de crédit de l’institution. Souriant, dynamique et ambitieux, Abood (de son surnom) explique son expérience et la particularité des prêts islamiques, dont il est spécifiquement en charge dans l’agence de Jénine.

  • Bonjour Abed, pouvez-vous commencer par vous présenter ainsi que nous expliquer votre parcours? Depuis combien de temps travaillez-vous pour ACAD?
  • Mon nom est Abed AlRahem Melhem, j’ai 25 ans, je travaille en tant qu’agent de crédit au sein de la branche Jénine. Après avoir effectué mes études de comptabilité à l’université à Nabrus j’ai rejoint ACAD en Juillet 2011.

  • Quel est votre poste chez ACAD?
  • Je travaille avec trois autres agents de crédits et je m’occupe surtout des prêts islamiques mais il m’arrive parfois de m’occuper d’autres produits de microcrédits.

  • Pourquoi vous être orienté vers la microfinance, quelles étaient les opportunités?
  • Ecoutez, ici dans les Territoires Palestiniens, il est très difficile de trouver un emploi. Malgré que la microfinance ne soit pas ma spécialisation, lorsqu’une telle opportunité se présente vous vous dites « c’est l’occasion de commencer une nouvelle vie! » (Il sourit). Aujourd’hui je suis très heureux de travailler avec ACAD, en plus je ne sais pas si vous l’avez vu sur notre site internet mais je fais partie des meilleurs employés de l’entreprise, je suis actuellement l’employé du mois depuis Juillet 2012.

  • Avez-vous reçu une formation concernant les prêts islamiques?
  • Oui j’ai reçu une formation via ACAD, pas sur les prêts islamiques mais plutôt sur les analyses financières, la microfinance et la chaîne de production. Grâce à ça, j’ai mieux compris les différentes étapes de la production.

  • Combien de clients avez-vous?
  • Je détiens le meilleur portfolio au sein d’ACAD : 162 clients et un portfolio de 385 000 USD.

  • Sur ces 162 clients, combien sont des prêts islamiques?
  • Sur 162, 120 sont des prêts islamiques. Tous nos prêts islamiques sont liés à des activités génératrices de revenus c’est ça ce que j’aime dans mon métier, il ne s’agit pas de prêts liés à la consommation, nous apportons un véritable support à nos clients!

  • Pourriez-vous expliquer à quelqu’un qui ne connaît absolument pas les prêts islamiques ce dont il s’agit?
  • Selon le Coran il ne semble pas logique de rembourser plus que la somme prêtée au départ.
    Nous travaillons sur le principe de la Murabaha. Il s’agit pour ACAD de se procurer le produit désiré par l’entrepreneur. Celui-ci devra alors rembourser à ACAD l’achat de ce produit à un «taux d’intérêt» convenu à l’avance par les deux parties.

    Prenons un exemple pour que cela soit plus clair : un client souhaite obtenir trois moutons pour développer son activité. ACAD va donc aller acheter les trois moutons pour le client, ensuite nous irons les revendre à ce dernier en lui appliquant une marge. Cette marge liée au déplacement que nous avons réalisé pour le client correspond à un taux d’intérêt si on le compare aux autres prêts plus classiques.*

  • Les prêts islamiques concernent-ils les produits de consommation?
  • Non, les prêts islamiques concernent uniquement des projets d’entrepreneurs qui ont des activités génératrices de revenu. Nous essayons d’apporter de l’aide à ces personnes via ces prêts!

  • Auriez-vous des exemples de projets?
  • Nous recevons des projets pour la création d’épicerie/supermarché par exemple. Au fait, je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit mais bien sûr hommes et femmes peuvent prétendre à un prêt.

  • Quels secteurs s’avèrent être les plus intéressés par les prêts islamiques?
  • Ces prêts concernent majoritairement les secteurs de l’agriculture, l’industrie, le commerce. En règle générale nous acceptons tous les types de projets sauf les constructions de maisons par exemple, en effet les chantiers nécessitent beaucoup de temps, les prêts sont donc plus longs à rembourser, on ne recevra pas un retour sur le prêt très rapidement.

    De même, les prêts islamiques ne s’appliquent pas pour les véhicules, à causes des risques d’accident et puis le prêteur peut la revendre lorsqu’il le souhaite. Enfin, nous ne faisons pas de prêts pour l’achat d’un téléphone, la dépréciation pour ces produits étant trop rapide.

  • Quels sont les conditions afin d’être éligible pour un prêt islamique?
  • Le projet de l’entrepreneur doit être inférieur à 10 000 us dollars, disposer de maximum 6 employés impliqués dans le projet et enfin d’être considéré comme vulnérable selon l’échelle de pauvreté du pays.

  • Abed, merci beaucoup pour cet entretien, avez-vous quelque chose à ajouter?
  • Je suis très heureux de travailler avec vous chez MicroWorld.org et j’espère très bientôt pouvoir venir à Paris pour visiter votre pays et pour rencontrer les prêteurs! (Il rit)

    *Quelques informations complémentaires à ce sujet :

    L’Islam interdit de percevoir de l’intérêt sur les prêts d’argent, il s’agit du riba. En effet la règle coranique stipule que l’achat, la vente et le commerce sont licites, à l’inverse de l’intérêt ou de l’usure. Ainsi de nouvelles solutions furent trouvées telles que la Murabaha.

    Tags : ACAD, Interview, prêts islamiques, Islamic Microfinance, MicroWorld, PlaNet Finance, Murabaha

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