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14.05.2012

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Thibault Lescuyer

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Microfinance et santé : les liaisons utiles

Une majorité des Institutions de Microfinance se concentre sur la fourniture de services financiers. Pour les plus engagées, leur mission sociale peut comprendre des formations sur des thèmes de santé et d’autres expérimentent la création de mutuelles. Panorama.

En octobre 2011, Marcia Metcalfe, directrice de l’ONG Freedom from Hunger, lançait un appel pour que les Institutions de microfinance (IMF) et le secteur de la santé développent des coopérations et des programmes communs en Inde. « En complément de l’accès au crédit, il y aura une meilleure réduction de la pauvreté si les programmes de microfinance deviennent un véhicule pour augmenter la couverture santé », expliquait-elle. . La santé serait-elle une nouvelle frontière pour la microfinance ? Pas si simple.

Les liens entre microfinance et santé restent en réalité assez peu répandus. « Les plus grandes IMF disent souvent que la santé ne rentre pas dans leur mission »,constate Didier Krumm, qui travaille depuis dix ans au sein de PlaNet Finance. « Le choix d’intégrer des services non financiers découle en premier lieu de la mission sociale de l’IMF et de son engagement envers les plus pauvres », poursuit Didier Krumm. Avec parfois une conséquence : des taux d’intérêt plus élevés pour les micro-prêts, afin que l’IMF puisse financer ces formations.

Développer la prévention santé
Profiter du versement d’un microcrédit pour sensibiliser aux bonnes pratiques d’hygiène ou de santé : ce couplage est historiquement la première passerelle entre microfinance et santé. Développée dès le début des années 90 par Freedom from Hunger, qui revendique 1,4 million d’emprunteurs formés en 2011, la combinaison « microcrédit + prévention santé » est aussi proposée, sous d’autres formes, par l’ONG Care. Sans oublier PlaNet Finance, qui accompagne des Institutions de microfinance volontaires, avec deux priorités : le Sida et le paludisme.

Lire notre article : Quand la microfinance lutte contre le Sida et le paludisme

La prise en charge des soins et des médicaments
Au delà de la prévention, se pose l’enjeu de la prise en charge des soins. En octobre 2011, l’ONU lançait un appel à la mise en place d’un socle de protection sociale dans tous les pays. Au Sénégal, par exemple, 80% de la population n’a pas de couverture santé et pour les médicaments, 70% des dépenses des malades à faibles revenus sont payés de leur poche.

Les femmes pauvres font traditionnellement face à ces risques santé en vendant des biens, en se reposant sur leur époux ou en déscolarisant des enfants . D’où l’importance de leur procurer des alternatives. Heureusement plusieurs projets de mutuelles et de micro-assurances santé ont vu le jour dans différents pays et constituent des pistes intéressantes.

Lire notre article : Quand la microfinance contribue à la prise en charge des malades

Développer les secteurs privés de santé
La microfinance permet aussi des expérimentations locales inédites. Au Kenya par exemple, un Fonds de Crédit Médical a été récemment lancé, dans le but d’améliorer la qualité des soins dans la vallée du Rift. Créé par l’ONG kenyane KMet – qui fournit déjà des microcrédits et des services de santé - et le « Medical credit fund », une initiative hollandaise, ce fonds accompagne et finance des centres de santé privés, grâce à des crédits pouvant atteindre 4000 euros.

Au Nigeria, c’est un programme de l’agence américaine USAID, « SHOPS » qui mobilise l’IMF Accion et la Diamond Bank, afin de développer un réseau de soins de qualité, privé lui aussi.

Autre enjeu : la distribution des médicaments au sein des villages, que la microfinance pourrait contribuer à développer, en accompagnant financièrement des pharmacies franchisées. C’est ce que fait le Fonds Acumen au Kenya, pour le réseau de la Sustainable Healthcare Foundation.

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