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29.10.2012

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Thibault Lescuyer

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Microfinance à Madagascar : un levier pour affronter la crise

Alors que seuls 4% des foyers malgaches ont accès à des services bancaires classiques, la microfinance vient pallier ces besoins et soutenir une économie locale mise à mal par les crises successives.

C’est un pays magnifique, en proie à une grande pauvreté. Alors que seuls 4% des foyers malgaches ont accès à des services bancaires classiques, la microfinance vient pallier ces besoins et soutenir une économie locale mise à mal par les crises successives. Principaux défis pour les acteurs locaux de la microfinance : toucher plus de Malgaches et se professionnaliser.

Créer des activités complémentaires
A Madagascar, une île connue pour sa biodiversité exceptionnelle, 70% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, selon les chiffres de l’ONU. Pour ne rien arranger, la crise économique mondiale et la crise politique de 2009, marquée par le départ du président élu, ont mis à mal l’industrie touristique et l’économie locale, en transformation forcée. L’industrie textile, par exemple a du mal à résister à la concurrence chinoise et plusieurs usines ont récemment fermé, signale l’économiste Charlot Razakaharivelo, l’un des meilleurs spécialistes locaux de la microfinance. Dans ce contexte, les Institutions de microfinance permettent de développer des activités complémentaires et non délocalisables : commerce, artisanat et agriculture, pour ne citer que trois des secteurs financés par le microcrédit. Elles permettent aux Malgaches de vivre malgré les difficultés, de sortir éventuellement de l’économie informelle… et de transmettre la fameuse « fihavanana », le lien social et la solidarité traditionnelle malgaches.

Un foyer sur cinq concerné par la microfinance
Aujourd’hui, la microfinance concerne environ 19% des foyers, selon les chiffres 2011 de la Direction du Trésor malgache. C’est une première réussite, pour un secteur né au début des années 1990. Elle est à mettre au crédit de trois types d’acteurs : les Institutions de microfinance (IMF) mutualistes, comme les CECAM (Caisses d’épargne et de crédit agricole mutuelles), les IMF non mutualistes comme Microcred (groupe PlaNet Finance) et les IMF associatives.

Dans les prochaines années, le secteur doit affronter trois principaux défis, explique Charlot Razakaharivelo. En premier lieu, il lui faut couvrir une plus grande proportion de la population, car le secteur bancaire classique ne touche que 4% des foyers. Ensuite, les Institutions de petite taille (de type I, selon la loi), doivent se professionnaliser davantage et s’approprier, par exemple des systèmes de gestion informatisés. Ces derniers permettraient notamment de se connecter avec la plateforme de « centrale de risques», créée pour lutter contre le surendettement. Mais la professionnalisation est aussi vitale, explique le spécialiste, pour convaincre les bailleurs de fonds.

Troisième défi, une meilleure protection de la clientèle. Pour avancer sur ce chantier, plusieurs IMF, notamment les CECAM, ainsi qu’Accès Banque et Microcred participent déjà à la campagne internationale Smart, qui défend sept principes de protection du client. Mais il reste beaucoup à faire dans ce domaine, d’autant plus que « Le droit du consommateur reste un concept très nouveau à Madagascar », signale Charlot Razakaharivelo.

Innovations dans la microfinance malgache
Au delà de ces enjeux, les acteurs de la microfinance expérimentent des services nouveaux et notamment les services bancaires via mobile, qui pourraient fortement contribuer à la diffusion de l’épargne et du crédit, puisque 40% de la population malgache dispose désormais d’un téléphone portable. Plusieurs opérateurs mobiles, dont Orange Madagascar, travaillent ainsi sur des applications de transfert d’argent, particulièrement utiles pour échanger avec les Malgaches expatriés.

Parmi les autres nouveautés, l’accord de partenariat entre Microcred et Microworld est aussi une première dans son genre, qui permettra de relier les prêteurs solidaires, où qu’ils soient situés, avec les entrepreneurs malgaches.

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