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01.02.2011

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La Rédaction

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La microfinance en plein essor au Sénégal

En vingt ans, la microfinance au Sénégal a connu une forte croissance, stimulée par un volontarisme politique et un cadre réglementaire très favorable. En 2010, elle touchait presque 11% de la population, en majorité des hommes vivant en ville, mais les femmes et les campagnes sont dans la ligne de mire.

En 2010, le Sénégal comptait plus de 700 Institutions de Microfinance (IMF) contre seulement 18 en 1993. C'est le premier pays de l’Afrique de l’Ouest à avoir créé un ministère de la microfinance. Dès 2001, le secteur employait un peu moins de 1400 employés, contre 1800 pour le secteur bancaire classique 1. Trois grands réseaux d'IMF se partagent plus de 80% des clients.

Les moteurs de la croissance

Trois moteurs principaux expliquent le développement de la microfinance au Sénégal : la volonté de l'Etat, l'engagement des ONG et le cadre légal. Selon Clément Faye, responsable Suivi-Evaluation au sein du ministère de la Microfinance sénégalaise : « A la fin des années 80, il y a eu une forte crise financière et une dizaine de banques sont tombées en faillite. Une vaste réflexion s’est organisée dans l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UMEOA) , aboutissant à la loi PARMEC, qui a vivement encouragé la création des IMF».

La loi PARMEC (Projet d’Appui à la Réglementation des Mutuelles d’Épargne et de Crédit), a en effet favorisé le financement des IMF, notamment en autorisant la collecte de l'épargne associée au crédit. Par la suite, une loi complémentaire a permis l'essor des IMF grâce au statut de société anonyme (SA), à l’image de Microcred.

Enjeux: les femmes, les campagnes, et la transparence

Si les femmes représentent 43% des clients de la microfinance, leurs poids dans le total des crédits est plus faible : 25% seulement. Selon Clément Faye: « Elles sont plus présentes dans le commerce et empruntent pour augmenter leur fonds de roulement, alors que les hommes investissent pour des entreprises de plus grande taille ».

Les femmes sont par ailleurs au cœur du système traditionnel d’investissement des tontines, forme la plus connue de la finance informelle qui, «loin d'avoir disparu, a su se redéployer», selon la sociologue Aminata Ndiaye 2. Mais comme le rappelle Clément Faye, les tontines ont plusieurs limites : «les montants des prêts possibles sont parfois insuffisants et elles comportent des risques : que le responsable disparaisse, ou que la caisse soit volée».

Le gouvernement affirme vouloir intégrer les tontines à la microfinance, ce qui reviendrait à renforcer la cohésion sociale du secteur en l’appuyant sur ces structures traditionnelles de solidarité.

Deux autres défis attendent la microfiance. Selon Clément Faye, il s’agit de «la qualité de la gouvernance et l’extension des offres dans les zones défavorisées». Le décalage entre zones urbaines et rurales est en effet important : Dakar, où les IMF touchent 20% de la population, et la région côtière de Thies représentent 60% des crédits.

Le manque d'infrastructures et la plus faible rentabilité des crédits en zones rurales expliquent ce décalage. Mais la situation pourrait changer avec les projets de « mobile banking » et les guichets itinérants, « des véhicules qui se déplacent au niveau des marchés hebdomadaires pour l'épargne, le montage des dossiers et le remboursement des prêts », comme le précise l'IMF PAMECAS.

La qualité de la gouvernance et du niveau de transparence forment un enjeu commun à tous les IMF de par le monde. Au Sénégal, des ONG comme MF Transparency et les agences de notation viennent appuyer les actions du gouvernement et des IMF locales. Avec un objectif partagé : mettre en avant et diffuser les meilleures pratiques. Il n'y a pas de miracle, mais au vu des avancées rencontrées en si peu de temps, le Sénégal semble déjà en mesure de faire du microcrédit un macrosuccès.

Sources:
1Plan d’action 2008/2013 du ministère de la Famille, de la Solidarité Nationale, de l'Entrepreneuriat féminin et de la Microfinance

2Aminata Ndiaye, sociologue : http://www.blogs-afrique.info/senegal-politique/index.php/2007/11/04/1005-la-micro-finance-au-senegal-a-l-heure-du-bilan

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