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21.07.2010

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La Rédaction

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Petite histoire du microcrédit

Pour la faire petite, il faut omettre bien des choses, car le microcrédit s’est développé de manière informelle pendant des siècles, avant de trouver sa forme moderne grâce au professeur Yunus.

Non, le microcrédit n’est pas né il y a trente ans dans le cerveau aussi brillant que solidaire de la future star du système : Muhammad Yunus. Les premiers cycles d’épargne et de prêts destinés aux plus pauvres seraient apparus il y a près de 3000 ans en Inde, entre les mains des usuriers, des marchands, ou encore de « chit funds » (épargne et crédit rotatif par association).

En Asie, comme en Afrique, des formes de microcrédit se sont développées depuis plusieurs siècles. Ce sont des groupements de personnes, en général à l’échelle d’un ou de plusieurs villages, qui peuvent obtenir un prêt après avoir constitué une épargne suffisante pour le garantir. On parle alors de “tontines” dans l’Ouest africain, de « tandas » au Mexique, de « cheetu » au Sri Lanka ou encore d’« arisan » en Indonésie.

L’Europe aussi a connu des épisodes de microfinance au XVIIIème et XIXème siècle, dont le plus marquant est peut-être celui inauguré par Jonathan Swift, père de l’épopée de Gulliver, à la suite des grandes famines en Irlande. L’écrivain, qui avait suggéré, en réponse à la pénurie de nourriture : « que les bébés irlandais soient vendus pour être mangés rôtis, bouillis ou braisés par les Anglais », a finalement trouvé une meilleure solution. Il a créé un système de fonds pour prêts afin de soutenir jusqu’à 20% des familles du pays. De quoi sauver la tête de quelques bambins.

Mais rendons à César ce qui lui appartient. La création de la Grameen Bank (www.grameen-info.org) par le professeur Yunus dans les années 70 au Bangladesh est la première expérience moderne de réponse entrepreneuriale à l’exclusion bancaire des plus pauvres. Il renverse la logique du prêt fondé sur la garantie en fonds pour placer la solidarité au centre du crédit. Le prêt est octroyé à un individu, la plupart du temps une femme, à condition qu'il ou elle fasse partie d'une groupe de 4 ou 5, qui s'engage à assister l'emprunteur dans sa gestion du prêt. L’obtention rapide de résultats probants, avec des taux de remboursements proches de 97%, a permis au modèle de la Grameen bank de s’exporter dans le monde entier.

10 000 institutions de microfinance (IMF) ( « Qu’est ce qu’une IMF »)travaillent aujourd’hui au service de près de 100 millions de bénéficiaires de microprêts. Des organisations telles que PlaNet Finance (www.planetfinancegroup.org) œuvrent à promulguer et à consolider le système. Depuis 1998, PlaNet Finance établit son action et expertise sur un réseau de 1 000 professionnels dans le monde qui travaillent sur des centaines de programmes en collaboration avec des IMF régulièrement notées. Le secteur se développe avec entrain sur le web ( « A vos marques, prêts, en ligne »). En 2005, Kiva (www.kiva.org) a entamé la révolution en proposant à des internautes du monde entier de prêter leur argent. La plateforme a réuni 500 000 membres qui ont prêté environ 150 millions de dollars (juillet 2010) pour le soutien de 90 000 microentrepreneurs. MicroWorld se lance aujourd’hui, sous les auspices de PlaNet Finance.

Après des siècles d’existence informelle, le microcrédit est au cœur d’un nouveau secteur mondialisé, la microfinance ( « La microfinance, secteur qui monte). Peut-être à la faveur d’une prise de conscience radicale : l’exclusion due à la pauvreté est le mal le mieux partagé du monde, et il est urgent de trouver les clés d’un développement économique solidaire.

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