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  • Photo : Al Majmoua
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11.05.2011

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MicroWorld

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« L'objectif de Al Majmoua est d'améliorer les conditions de vie, sans discrimination »

Youssef Fawaz est le directeur exécutif d'Al Majmoua, la principale institution de microfinance libanaise au statut d'ONG. Entretien.

Quel est le client cible d'Al Majmoua ?

Il n'y en a pas, bien qu'à notre création, nous ayons ciblé les groupes de femmes, suivant le modèle développé par la Grameen Bank. Mais depuis 2001, nous prêtons aussi aux hommes et nous offrons non seulement des prêts de groupe mais aussi des prêts individuels. Si globalement, notre cible est constituée des exclus des services bancaires, les « working poor », dans l'artisanat, les services à la personne ou le commerce, plutôt citadins, notre philosophie est depuis le début de ne pratiquer aucune discrimination.

Vous ne prêtez pas qu'aux entrepreneurs de nationalité libanaise ?

Nous prêtons bien évidemment à tous les Libanais, sans différentiation religieuse, mais aussi aux communautés étrangères (travailleurs journaliers, employés de maison, réfugiés, etc) et aux personnes sous le seuil de pauvreté. Nous sommes également une des seules ONG à prêter dans les camps palestiniens, qui représentent 15% de notre clientèle.

Quels sont vos nouveaux projets ?

En 2010, nous avons étudié la mise en place d'un projet de mobile banking. L'idée était de voir si l'utilisation des téléphones mobiles pouvait diminuer nos coûts et mieux servir les clients. Cela s'est révélé un casse-tête. En fait nous nous sommes heurtés à un handicap majeur : le Liban est un petit pays et notre nombre de clients n'est pas suffisant pour créer des économies d'échelle et pour motiver les opérateurs de téléphone mobile à s'investir dans ce créneau.

Nos projets en cours concernent le secteur de l'agriculture confronté chaque année à une période creuse pendant laquelle il leur est difficile de rembourser leurs échéances de prêt : Al Majmoua a lancé un projet pilote de prêt saisonnier construit sur mesure pour eux.

Autre projet : offrir des emprunts plus élevés à ceux de nos clients qui ont déjà emprunté et remboursé et sont en plein développement d'activité. Pour ces profils proches d'une PME, notre limite actuelle de 5000 dollars n'est pas suffisante et nous envisageons d'augmenter le plafond de nos prêts pour cette catégorie de nos clients.

Que pensez-vous des prêts thématiques dans le développement durable ?

C'est une idée intéressante. Avec l'ONG Habitat for Humanity, nous avons d'ailleurs commencé des prêts pour améliorer les logements, en nous attaquant aux problèmes d'hygiène et en rénovant, par exemple, les sanitaires ou les cuisines. Ce projet de rénovation de l'habitat a beaucoup de succès d'autant plus qu'il s'accompagne d'une assistance technique de la part d'un ingénieur du bâtiment.
En 2010 nous avons aussi testé des projets de crédit pour installer des panneaux solaires, mais les retours n'ont pas été très encourageants…

La microfinance islamique est-elle présente au Liban ?

Pas de manière significative. AQAH, rattachée au Hezbollah, ne propose pas de la microfinance islamique au sens strict du terme, mais plutôt des crédits à taux zéro, en général gagés sur l'or. Pour n'exclure personne, Al Majmoua a testé une offre de « mourabaha » (NDR: La Mourabaha est un mode de financement qui permet aux banques islamiques de financer, dans le respect de leurs principes, aussi bien les besoins d’exploitation de leur clientèle - stocks, matières, produits intermédiaires - que leur investissement.) en 2010 en s'appuyant sur les agences d'une banque islamique. Mais l'essai n'a pas été concluant. Une des raisons pourrait être la suivante : avec la mourabaha, c'est la banque qui achète l'objet du crédit pour le compte du client. Cela prend trop de temps et dissuade les clients.

Vous avez signé la campagne Smart sur la protection du client : comment cela se traduit-il concrètement?

D'abord, nous nous engageons à la transparence des prix : aucun client n'a à payer de coûts, frais de dossier ou de traitement qui lui seraient cachés. Deuxièmement, Al Majmoua a mis en place une « hotline » que tous les emprunteurs peuvent utiliser en cas de problème ou d'insatisfaction. Troisièmement, nous remettons à chaque emprunteur, le jour de la signature, la liste de ses droits, au verso d'un échéancier qui précise clairement ses remboursements.

Il y a ensuite des choses plus intangibles: une des plus importantes est la limitation du surendettement. En plus de demander au client s'il a déjà des emprunts en cours, nos chargés de clientèle font toujours une petite enquête sur le terrain, afin de vérifier si le candidat ne nous cache rien. Jusqu'à présent, cela nous a permis d'éviter les cas de surendettement.

La réglementation du secteur est-elle inadaptée, comme l'a affirmé l'ONU?

En fait de réglementation spécifique… la réalité est qu'il n'y en a pas au Liban. Les Institutions de microfinance (IMF) au statut d'ONG sont régulées comme les autres ONG et les deux IMF au statut d'institution financière commerciale sont traitées par la Banque centrale comme des institutions non bancaires. Une réglementation spéciale pour la microfinance serait une bonne chose, mais à condition qu'elle soit bien pensée, en s'inspirant des meilleures réglementations qui existent à l'étranger.

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