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18.01.2011

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MicroWorld

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Pourquoi les taux du microcrédit sont-ils plus élevés que ceux des crédits classiques ?

La comparaison entre le microcrédit et le crédit classique fait ressortir plusieurs différences de taille qui impactent le niveau du taux d’intérêt. Les différences sont nombreuses : montants plus faibles du prêt, suivi opérationnel de l’emprunteur et le fait que les institutions de microcrédit doivent payer pour se procurer des fonds propres. Ce sont deux modèles économiques bien distincts.

Un prêt plus petit = un taux plus élevé

Entre un crédit important et un crédit plus faible, les coûts opérationnels sont presque identiques. Résultat : ces coûts pèsent plus lourds à l’échelle d’un microcrédit (en moyenne, 200 à 300 euros dans les pays en développement), qu’à l’échelle d’un emprunt classique (plusieurs milliers d’euros). C’est mathématique ! Un coût fixe de 10€ représente 10% d’un prêt de 100€ et seulement 1% d’un prêt de 1000€. Le fait de prêter des petits montants implique donc un taux d’intérêt plus élevé.

Un coût opérationnel plus élevé

Au quotidien, les agents de microcrédit se déplacent sur le terrain, parfois dans des villages difficiles d’accès, pour rencontrer les prêteurs et suivre le remboursement de l’emprunt. Un travail qui demande du temps et qui est au cœur du microcrédit. Comme le dit Alex Counts, président de la Fondation Grameen, « Les actifs les plus importants des IMF ne sont pas leurs portefeuilles, mais la bonne qualité de leurs relations avec les plus pauvres de ce monde »1.

C’est là un différence de taille avec le gestionnaire de crédit d’une banque classique qui d’une part reste dans son agence et d’autre part estime le risque à partir des revenus déclarés et du « business plan » de son client entrepreneur.

L’argent coûte plus cher au prêteur

Une minorité d’IMF pratiquent l’épargne et le dépôt si bien que la plupart des institutions de microcrédit n’ont pas de ressources propres et doivent se financer en grande partie auprès des banques locales, à des taux qui varient entre 8 et 20%2. Elles dépendent également des financements provenant du Nord, rarement gratuits, qu’il s’agisse des prêts à un taux préférentiels de la Banque Mondiale, des dons philanthropiques ou des crédits des fonds d’investissement responsables. Ces fonds s’avèrent de toute manière minoritaires. En 2007, ils ne représentaient que 25% du financement total des institutions de la microfinance.

Les banques classiques n’ont pas ce problème ; l’argent prêté est une ressource presque gratuite qui vient des dépôts et de l’épargne de leurs clients.

Coût des impayés et coût du service

Le modèle du microcrédit fait que les impayés et les retards de remboursement sont rares et c’est pourquoi le coût global des impayés, de 3%, en moyenne, n’est pas plus élevé que pour prêts classiques. Par contre, certaines institutions de microcrédit proposent des services d’accompagnement, par exemple des campagnes de sensibilisation au surendettement. C’est une des « valeurs ajoutées » du microcrédit, qui représente un coût, parfois inclus dans le taux du microcrédit.

La recherche de la viabilité financière

Pour être durables, les institutions de microfinance ne doivent pas seulement couvrir leurs coûts mais générer un bénéfice raisonnable. Rares sont celles qui y parviennent : sur 10 000 fournisseurs de microcrédit, seuls 150 selon le CGAP 3 seraient viables financièrement, avec des taux d’intérêt moyens de 26% (chiffres du CGAP)… Des taux qui semblent élevés aux yeux des Européens, alors qu’ils sont largement en dessous des taux usuriers, qui vont de 200% à 1000% par an et même parfois inférieurs aux taux des cartes de crédit (dans 36 pays où des données fiables ont pu être collectées).

1Rapport 2009 de la campagne du Sommet du Microcrédit

2Microcrédit : comment faire baisser des taux d’intérêt trop élevés 15 Janvier 2007, Jérémy Hajdenberg co-auteur du guide du microcrédit

A lire aussi : Microcrédit, comment faire baisser les taux d'intérêt?

3Le guide de la microfinance. Microcrédit et épargne pour le développement, par Sébastien Boyé, Jérémy Hajdenberg et Christine Poursat
Ed. d'Organisation, 2006, 304 p., 29 euros.

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