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29.11.2010

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Marika Mathieu

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Prêter n'est pas donner

On peut vouloir aider sans savoir comment s’y prendre. Envoyer un don à une ONG ? Ou prêter une somme directement à un micro-entrepreneur d’un pays en développement ? Que l’on choisisse de faire l’un, ou l’autre, ou les deux, il faut bien savoir que ces deux modes d’action ne répondent ni aux mêmes besoins ni aux mêmes motivations.

Si les Français donnent beaucoup de leur temps et sont parmi les Européens ceux qui s’engagent le plus volontiers dans le bénévolat, ils ne sont pas les rois en matière de dons. En 2006, le montant des dons défiscalisés en France s’est élevé à 2,7 milliards d’euros (1) contre 229 milliards de dollars aux USA la même année, soit, à populations comparables, 19 fois plus qu’en France. En Grande-Bretagne, on se montre presque prodigue, environ 15 fois plus que dans notre patrie. Seulement 5% environ des contribuables français déclarent un don supérieur à 65 euros, quand, faut-il l’avouer, la moitié des dons britanniques dépassent les 1000 livres (1200 euros) par an.

Raisons culturelles, besoin d’être en confiance avec les associations et manque d’informations jouent parfois en défaveur du don. Le microcrédit représente une véritable alternative, même si la possibilité de participer au système de parrainage de micro-entrepreneurs par le biais de micro-prêts est encore relativement méconnue. Selon le premier baromètre sur la microfinance publié en mai 2010, si trois Français sur quatre souhaitent voir grandir le microcrédit, seuls 7% indiquent savoir précisément de quoi il s’agit.

A la différence du don, le microcrédit est un prêt qui devra être remboursé avec ou sans taux d’intérêt. Si le don et le prêt sont complémentaires, ils ne répondent pas aux mêmes enjeux. Le premier s’inscrit dans une logique d’assistance dans des situations souvent d’urgence (famines, catastrophes naturelles, état de guerre…). Le deuxième est un mode de financement sur le long terme. Il vise à soutenir des projets de micro-entreprises sélectionnées pour leur capacité à générer des revenus durables pour une famille ou une communauté.

Dans certains cas, le microcrédit n’est pas la solution et vos prêts n’y pourront rien changer. Victimes de famines ou de catastrophes naturelles, réfugiés fuyant des conflits, familles en situation de grande précarité sans perspective d’entreprise sont autant de personnes pour qui les programmes de microcrédit ne sont pas adaptés. Selon le site de lamicrofinance.org « L’utilisation dirigée de la microfinance pour résoudre des défis de développement dans des situations où la base de la subsistance des populations est détruite ou très précaire a rarement été un succès »

Afin de choisir en toute connaissance de cause la meilleure manière de s’engager, le mieux reste de s’y intéresser ! Et d’être soucieux du choix de l’organisme ou de la plateforme en ligne qui sont, dans tous les cas de figure, des intermédiaires professionnels et réglementés, en particulier dans le domaine du microcrédit.
(1°) source : Baromètre image notoriété des associations et fondations faisant appel à la générosité du public réalisé en avril 2009 par l’IFOP auprès de 2000 individus âgés de 15 et plus représentatifs de la population française

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