Actualités

  • Source : zunia

21.03.2011

|

MicroWorld

|

Qu’est-ce que le «Mobile Banking»?

Dans les pays du Sud, 2 milliards de personnes ont un mobile... mais pas de compte en banque. Et si le téléphone permettait de lutter contre l'exclusion bancaire ? C'est une des promesses du « mobile banking », en plein essor depuis le milieu des années 2000.

En Europe, les services bancaires sur téléphone ont repris ce qui existait sur Internet en permettant de consulter et de gérer son compte à distance. Dans le Sud, le mobile banking répond à des besoins différents : le téléphone remplace, en quelque sorte, des agences bancaires souvent inexistantes : il y a par exemple, en moyenne, une agence pour 10.000 habitants en Asie. Mais les services offerts sont différents.

Wizzit, un des premiers services de mobile banking à avoir vu le jour, en Afrique du Sud en 2004, propose ainsi un compte bancaire électronique couplé au numéro de téléphone, avec une carte de débit. Comme son homologue kenyan M-PESA, lancé trois ans plus tard et vite devenu une des « success story » du mobile banking, le transfert d'argent de personne à personne est le service le plus utilisé par les clients de Wizzit. Car pour beaucoup de clients, c'est une petite révolution : « ceux qui travaillent en ville et ont de la famille dans les campagnes s'épargnent un voyage parfois long et coûteux, ou les services risqués d'un intermédiaire informel», comme l'explique Thierno Seck, qui a coordonné la mise en place de plusieurs projets de mobile banking en Afrique.

En Asie ou en Amérique du Sud, des systèmes équivalents ont vu le jour, proposant parfois en plus des services de paiement de facture d'électricité ou d'eau. La microfinance est la prochaine étape : pour le cabinet d'études Oliver Wyman, coauteur d'une étude sur le sujet avec Planet Finance, les services de microcrédit et de microépargne sur téléphone mobile sont l'avenir. En offrant la possibilité de rembourser un prêt à partir d'un téléphone, ils permettront des économies de coût importantes pour les IMF.

Une analyse partagée par Vivian Lu, qui supervise un projet de microfinance sur mobile au Kenya pour l'IMF Nuru, et qui y voit un source d'économie de temps et de simplification administrative.

Mais, explique Thierno Seck, la mise en place des services de microfinance est complexe à mettre en œuvre : c'est pourquoi sur 50 millions d'utilisateurs potentiels du mobile banking dans les pays du Sud, pas plus de 500.000 utilisent des services de microfinance sur leur portable. Pourtant, les expérimentations se développent, que ce soit au Pakistan avec Telenor, en Egypte avec Masary ou dans plusieurs pays d'Afrique.

Si les IMF voient dans le mobile banking une source d'économies, les opérateurs mobiles y trouvent un outil pour fidéliser leurs clients. Et une source de revenus supplémentaires ?

Arvind Ashta, titulaire de la chaîre de microfinance à l'ESC Dijon, est de cet avis. Thierno Seck souligne que l'opérateur téléphonique Safaricom, qui exploite M-PESA, a bien annoncé récemment qu'il gagnait de l'argent avec M-PESA, bien que le service soit financé, au départ, par l'aide publique anglaise.

Vivian Lu, de Nuru, voit les choses autrement : grâce au mobile banking, « les agents de crédit peuvent passer plus de temps auprès des agriculteurs». Autrement dit, le téléphone mobile permettrait de renforcer la relation humaine et donc la confiance entre l'IMF et l'emprunteur, qui est au cœur d'une microfinance vertueuse.

Allez plus loin : Microfinance sur mobile : l'exemple de Nuru International au Kenya

Cet article fait partie du dossier thématique :