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15.05.2012

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Thibault Lescuyer

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Quand la microfinance contribue à la prise en charge des malades

Plusieurs Institutions de microfinance développent des systèmes de couverture maladie, via des mutuelles ou des microassurances santé. Encore expérimentaux, ces projets s’appuient sur les infrastructures de santé existantes. Exemples avec Uplift et PlaNet Finance. En Inde, la mutuelle Upflift couvre 100.000 personnes pauvres.

En 2002, dans l’état indien du Maharashtra, cinq ONG, dont certaines spécialisées dans le microcrédit, créaient un fonds de mutuelle « Upflift Health Mutual », puis une société mutuelle en 2004. Objectif : offrir une couverture santé pour les personnes à très faibles revenus, dont les clients de la microfinance.

« Dans les pays en développement, la maladie est citée comme une cause de pauvreté, plus que la perte d’emploi », soulignait le BIT (Bureau international du Travail), dans le Microinsurance Compendium. Sept ans plus tard, Uplift couvre 100.000 Indiens pour leurs soins de santé, qu’il s’agisse des consultations auprès de généralistes ou d’opérations de chirurgie. Le tout pour une cotisation modique, d’environ 400 roupies par an (environ six euros).

Sur la base du même constat, PlaNet Finance accompagne des Institutions de microfinance (IMF) béninoises et malgaches. L’ONG s’appuie sur PlaNet Guarantee, sa filiale spécialisée dans la micro-assurance, dans le cadre de financements reçus de Sanofi Aventis.

Au Bénin, PlaNet Finance et trois IMF créent une mutuelle

Au Bénin, le choix a été fait de créer l’association Djidjoho et d’appuyer les trois IMF fondatrices dans la distribution d’un produit de microassurance santé. En déléguant la gestion du risque à une mutuelle de santé existante, la Mutuelle de Sécurité Sociale du Bénin (MSS-B). Les trois IMF représentent environ 127 000 clients emprunteurs et épargnants. La souscription est volontaire et le système couvre à ce jour plus de 1000 bénéficiaires.

PlaNet Finance et PlaNet Guarantee ont mis en place une stratégie porteuse de véritables innovations pour développer le nombre de cotisants et renforcer le modèle mutualiste. Dont notamment des sessions de sensibilisation, suivies par plus de 4000 clients en 2011. Boîtes à images, jeux de rôle et autres approches originales sont utilisés par les agents de crédits des IMF et par les « agents dédiés » à la microassurance santé.

Ces derniers sont de véritables acteurs de terrain, responsables à la fois de la sensibilisation, de la commercialisation et du recouvrement. Ils sont équipés d’appareils photos numériques et d’imprimantes-photocopieuses, des outils précieux pour les procédures administratives.

A Madagascar, une mutuelle santé est créée en 2012

Une première mutuelle de santé a été lancée au mois de mai 2012 à Antananarivo pour les emprunteurs de l’Institution de microfinance OTIV Tana. La couverture a été volontairement réduite (consultations, hospitalisations et chirurgies pour environ 9 euros par an et par famille) pour obtenir un niveau de cotisation adapté à la capacité contributive des membres de l’institution. Après une phase test, la mutuelle de santé sera étendue aux employés et aux élus d’OTIV Tana.

Pour garantir des soins de qualité un réseau de centres de santé a été constitué rassemblant plus de 20 médecins, 5 pharmacies et 5 hôpitaux. Cette mutuelle, contrairement à celle du Bénin, est obligatoire pour tous les emprunteurs, ce qui permettra d’atteindre rapidement plusieurs milliers de bénéficiaires et de rendre viable le système.

Toujours sur l’Ile Rouge mais cette fois dans le Nord du pays, à Ambaja, une seconde mutuelle de santé a été mise en place, pour les quelques 1600 producteurs de vanille - bio et équitable en majorité - de l’association ADAPS. Une couverture complète (tous les soins primaires et secondaires) leur est offerte pour environ 17 euros par an et par famille (dans une limite de 7 personnes).

Cette mutuelle, qui démarrera ses activités en juin 2012, bénéficie de l’appui financier d’un de ses principaux clients, la société allemande Symrise. Pour aider au démarrage, celle-ci subventionnera pendant 3 ans les cotisations à travers ses achats de vanille à l’ADAPS.

Ces deux mutuelles sont des entités distinctes mais partagent une structure commune qui permettra de limiter les coûts de gestion. Par la suite, cette « plateforme de gestion » pourra aussi servir de base pour la création de nouvelles mutuelles malgaches.

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