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19.08.2013

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Quelles leçons peut-on tirer de la crise du secteur de la microfinance au Maroc?

Pendant une décennie au Maroc, le secteur du microcrédit a connu de très beaux jours, bénéficiant d'institutions très performantes et soutenues par les autorités locales et des bailleurs de fonds internationaux. Pourtant, en Décembre 2009, le risque de crédit a grimpé à 14%, atteignant jusqu'à 38% pour une des institutions de microfinance (IMF) les plus importantes du pays. Face à cette forte hausse du taux de risque, la banque centrale, les fournisseurs, les associations nationales et les bailleurs de fond se sont mobilisés pour rétablir la situation. Grâce à ces actions, en 2011 le risque de crédit a été diminué par deux, pour connaître une nouvelle légère hausse en 2012. Ainsi, quelles leçons pouvons-nous tirer de cette situation de crise dans le secteur du microcrédit marocain, pour qu’elles puissent aussi être utiles dans d’autres pays qui connaissent des problématiques similaires ?

Comment cette crise a-t-elle commencé ?

Faisons quelques pas en arrière pour comprendre comment et pourquoi cette crise du secteur du microcrédit a commencé au Maroc.

Depuis sa création à la fin des années 1990, le secteur du microcrédit marocain a connu des taux de croissance extraordinaires avec un portefeuille qui a fortement augmenté de 2003 à 2007, devenant le plus grand du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, totalisant 733 millions USD pour 1,35 millions d'encours en Décembre 2007.

Cette croissance rapide s'est vite révélée non viable et des signes de stress ont refait surface en 2007. Bien que le risque de crédit était à un niveau acceptable de 2,3%, il a bondi de 0,4% sur une période de deux ans. La crise du crédit commença alors. Peu de temps après, le risque de crédit était beaucoup plus élevé que précédemment et tous les investissements furent stoppés.

Cette action eut plusieurs conséquences importantes qui ont plongées petit à petit le pays dans cette crise, comme la diminution des liquidités pour le remboursement des clients, de nombreux défauts de paiement sans pénalités ou encore près de 40% des clients ont commencé à cumuler les prêts dans plusieurs IMF.
En Décembre 2009, le risque de crédit global du secteur avait atteint 13,7%.

Comment les institutions ont-elles fait face à la crise?

La réponse a été rapide pour la mise en place de mesure à la fois pour la reprise à court terme et le renforcement de l'industrie à long terme des organismes de réglementation et de l'industrie elle-même.

Même s'ils n'ont pas réussi à empêcher la crise, la Banque Centrale du Maroc, la Banque Al-Maghrib (BAM) et le Ministère des Finances ont joué un rôle catalytique dans éviter la contagion et rétablir la confiance.

En 2007, BAM a commencé rapidement des missions de supervision et a augmenté la fréquence de ses rencontres avec les IMF.
BAM et le Ministère des Finances a resserré les conditions en matière de provisionnement et de gouvernance. BAM a commandé ARDI, une IMF moyenne soutenue par la société d'État Crédit Agricole, pour aider à renforcer les petites IMF en leur fournissant un ensemble commun d'outils de gestion et de les regrouper sous le "Réseau de Microfinance Solidaire" (RMS) nouvellement créé.
Après avoir reçu plusieurs financements, il a permit l’amélioration de l’environnement réglementaire et la promotion de l’éducation financière dans le pays.

En Février 2013, a été publiée une nouvelle réglementation autorisant les IMF non gouvernementales (ONG) à détenir des participations dans des sociétés de microcrédit et de fusionner, une première étape vers la transformation.

Parallèlement à ces initiatives gouvernementales, les IMF ont travaillé sur l'amélioration de leurs propres systèmes : équipes de recouvrement dédiées, mesures judiciaires contre les emprunteurs défaillants, changement de direction, plateforme d’échange d’information pour les clients en listes noires et actifs…
De plus, les IMF ont mises en place un outil en ligne pour le partage de données géographique et démographiques pour identifier le niveau de pauvreté par zone, les zones de forte concentration etc.

Malgré tous ces efforts, la reprise a été cependant fragile, et le risque de crédit global est remonté à 9,6% en Décembre 2012. Le Maroc dispose désormais de 800.000 clients actifs représentant 540 millions de dollars en circulation.

Quelles leçons peut-on tirer de la crise du microcrédit au Maroc?

La crise marocaine a montré que des risques à l’échelle du marché existent, même dans le cas des institutions de crédit. Comme les marchés concurrentiels du microcrédit conduisent souvent à des emprunts multiples, les IMF actives sont de facto connectées et les défauts de paiement peuvent se propager aussi vite que les rumeurs d'un client à l'autre. Pour éviter une telle contagion, le cas marocain offre de précieuses leçons en matière de gouvernance, d’infrastructures de marché et de supervision.

Rétrospectivement, nous pouvons noter que les IMF qui ont obtenu de meilleurs résultats de gouvernance ont bénéficié de compétences techniques de leurs membres dans le secteur bancaire et de la finance. Ils se sont concentrés sur la durabilité à long terme, de plus en plus lentement mais plus régulièrement que leurs homologues qui ont augmenté de façon significative leur profil de risque sans adapter leurs pratiques de gestion du risque crédit.

Quels sont les nouveaux défis pour le secteur marocain du microcrédit?

De nouveaux défis se dessinent déjà pour les acteurs traditionnels marocains du microcrédit. A moyen terme, trouver le bon créneau de marché dans le système financier global sera crucial pour intégrer un marché de plus en plus diversifié.
Le secteur du microcrédit a récemment publié un livre blanc visant à atteindre 3,2 millions d'emprunteurs en 2020, et certaines IMF envisagent de rejoindre les très petites entreprises. En fin de compte, les clients devraient profiter des avantages de ces modèles institutionnels concurrents, mais un consensus de l’industrie sur la façon dont le pays va atteindre l'inclusion financière n'a pas encore émergé.

Sources : Cgap Brève

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