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16.12.2011

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MicroWorld

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Rabi Hinsa, mère courage au Niger

Gagnante de deux Planet Finance awards, Rabi Hinsa n’a pas la vie facile. Mère de huit enfants atteints de drépanocytose, une maladie génétique incurable, elle a pourtant réussi à créer un business de savons recyclés, qui emploie entre 2 à 4 vendeurs. De quoi élever ses enfants et affronter l’avenir avec un peu plus de sérénité.

Paris, auditorium du Louvre, un début d’après midi de décembre. Rabi Hinsa, 38 ans, attend le début de la cérémonie des International Microfinance Awards, à laquelle elle a été conviée en compagnie d’Omar Maazou, le délégué nigérien de l’ONG, qui accepte de faire la traduction. Par dessus sa tunique bleue, Rabi Hinsa a passé un imperméable beige. L’automne parisien finit avec une relative douceur : 8 degrés, c’est pour elle un froid inconnu, qu’elle affronte avec le sourire. Quelques heures plus tard, son sourire se fait plus grand quand elle monte sur scène pour recevoir deux prix, celui du projet le plus environnemental et celui du public.

« Les savons recyclés, c’est son idée. Elle croit à son activité et elle a du talent ! » raconte Omar Maazou, chargé de projet pour Planet Finance au Niger.

Trois jours plutôt, Rabi Hinsa prenait la route de l’aéroport de Niamey pour son premier voyage en Europe et faisait la fierté de sa mère, venue du village pour s’occuper de ses deux jumeaux de 14 mois, mais ravie de l’accompagner à l’aéroport. « C’est une bonne chose, ce savon, il t’a attiré beaucoup de bienfaits ! Voilà ce que dit ma mère », raconte Rabi.

Le microcrédit ouvre la voie aux savons recyclables

Née dans un petit village à une centaine de kilomètres de la capitale du Niger, Rabi Hinsa avait 19 ans quand elle s’est installée à Niamey avec son mari, vendeur de vêtements sur les marchés. « J’ai d’abord été vendeuse de mangues dans la rue. J’ai commencé avec 250 francs CFA (25 cents d’euros), mais ce n’était pas assez rentable ! », explique-t-elle. Alors quand on lui propose, quelques années plus tard, de participer à un programme expérimental de microcrédit, destiné aux familles touchées par la drépanocytose, elle saute sur l’occasion : le microcrédit lui servira à développer son idée de savon recyclé.

Pour fabriquer son savon, Rabi rachète deux types de résidus d’une usine de savons de Niamey : les débris solides issus de la coupe des plaques en savons et les eaux avec lesquelles les ouvriers se lavent les mains après leur travail. C’est ensuite chez elle qu’elle mélange le tout, dans un grand tonneau. « Je le fais le soir, quand il ne fait pas trop chaud, et comme ça dans la journée, j’ai du temps pour les enfants », explique Rabi. Empaquetés, les savons sont ensuite vendus en porte à porte pour servir à laver la vaisselle.

Suivant les périodes, deux à quatre vendeurs travaillent pour Rabi. Au total, en ajoutant la vente en gros à un importateur nigérian, Rabi Hinsa gagne désormais entre 10.000 et 20.000 Francs CFA par jour (15 à 30 euros). L’argent lui permet notamment de payer le matériel scolaire pour ses enfants, et l’inscription à l’école privée pour deux d’entre eux. « J’arrive à faire face à mes obligations familiales », résume sobrement l’entrepreneuse.

Un nouvel équilibre familial

Quand on l’interroge sur la réaction de son mari, Rabi réfléchit, puis sourit. « Avant, il me donnait un peu d’argent, juste de quoi acheter un petit sac de riz. Maintenant, je peux payer un sac de dix kilos à moi toute seule ! ». Rabi se souvient de sa première réaction : « Il était un peu surpris que je veuille fabriquer du savon. Mais il ne m’a pas empêchée, précise-t-elle, « au contraire ». «Il m’a dit : que Dieu t’aide ! ». Aujourd’hui, Rabi estime qu’elle est mieux considérée et qu’elle a plus de poids dans le foyer.

Malgré le succès de son activité, la vie de Rabi reste difficile. Son pays le Niger, riche en uranium, demeure un des plus pauvres de la planète. Rabi doit faire face à la maladie de ses enfants, atteints de drépanocytose. A 19 ans, l’ainé est le plus touché et subit des crises parfois très douloureuses. Il est suivi dans le nouveau centre spécialisé de Niamey, ouvert grâce à l’agence de coopération monégasque. De plus, Rabi cumule comme beaucoup de femmes, la « double journée de travail » : élever ses enfants et travailler.

Grâce à sa petite entreprise de savons, elle a cependant pu acheter un lopin de terre, sur lequel elle espère construire sa maison de famille.

Voir le portrait de Rabi en images :


Prix Environnement International Microfinance... par microworld_planetfinance

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