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12.09.2011

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TADJIKISTAN : soutenir l’indépendance grâce à la microfinance

Le Tadjikistan est directement passé de l'indépendance vis-à-vis de l’URSS, en 1991 à la guerre civile. Dans ce jeune état situé au coeur d'une région géopolitique sensible, la microfinance s'est développée à partir de 1998, sous l'égide des ONG. Aujourd'hui, le secteur cherche à diversifier ses produits.

« Les premiers services de microfinance au Tadjikistan ont été lancés en 1998, un an après la fin de la guerre civile, à l'instigation de quelques grosses ONG internationales et de l'ONU » explique Firuza Safarova, responsable de la microfinance pour l'agence allemande de coopération internationale GIZ . Mais c'est véritablement à partir de 2004, avec la première loi tadjik sur la microfinance, que le secteur a décollé.

Un essor rapide

Alors qu'il y avait 16 Institutions de microfinance (IMF) en 2005, on en compte plus de 120 aujourd'hui. Le nombre de clients a été multiplié par cinq et s'élève désormais à 151 000 clients. Mais pour Firuza Safarova, beaucoup reste à faire, dans un pays qui reste le plus pauvre d'Asie centrale. Au Tadjikistan, la majorité de la population travaille dans les campagnes, et se trouve exclue des services bancaires classiques.

Une question de priorité

Dans ce pays d'Asie centrale enclavé par les montagnes, les Russes ont laissé le barrage le plus haut du monde , une base militaire et... une frontière avec l'Afghanistan. Du coup, lors de la visite de Dimitri Medvedev à Dushanbe, le 3 septembre 2011, les présidents russe et Tadjik ont surtout parlé de la lutte contre le terrorisme. Selon Mavsuda Vaisova, qui dirige l'IMF HUMO , la microfinance, pourtant au menu du futur G20 qui se tiendra à Cannes, n’est pas une priorité pour la Russie. Les « bonnes fées » de la microfinance tadjik sont plutôt les ONG Care, Save the Children et ACTED, qui avaient débarqué lors de la guerre civile, ou encore la Fondation de l'Aga Khan.

La formation et le lobbying

Aujourd'hui, sur les 130 IMF, la moitié font partie de l'association nationale AMFOT . Celle-ci, en plus de faire du lobbying, développe un centre de formation spécialisé. « C'est un gros avantage : nous autres IMF obtenons des formations à des prix raisonnables », se réjouit Masvuda Vaisova de HUMO. L'AMFOT s'efforce aussi d'influencer la nouvelle loi sur la microfinance, qui devrait être votée en 2012. « En 2004, la Banque centrale ne connaissait pas grand chose à la microfinance et la loi avait été dictée par les ONG étrangères. Aujourd'hui, le régulateur veut rendre le cadre légal plus strict et diminuer le nombre des IMF », ajoute Masvuda Vaisova qui a enseigné la comptabilité pendant 15 ans, avant de se lancer dans la microfinance en 2002.

Les nouveaux services

Les nouveaux services sont un enjeu de taille pour le secteur, estime Firuza Safarova du GIZ. A commencer par les dépôts et l’épargne. La demande pour ces services serait forte, dans un pays où 5% seulement des foyers ont un compte d'épargne dans une banque, selon une étude récente. HUMO prévoit de lancer une offre d’épargne adaptée mais, explique Masvuda Vaisova, il faut d’abord que les taux d’intérêt continuent de baisser. « Les comptes d’épargne des banques sont rémunérés à 18% actuellement. Nous n’avons pas les moyens d’offrir un tel niveau », regrette Masvuda, qui souligne qu’aucune IMF tadjik ne propose de tels services. En attendant, HUMO développe des offres sur mesure pour les agriculteurs. « Le futur du pays est lié au secteur agricole », ajoute Mavsuda, qui ne tarit pas d’éloges sur la qualité de l'horticulture locale.

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